Matthieu Ponson trouve, au Domaine de Piéblanc, une voie d’expression salutaire et joyeuse. Forgeant des vins au charme immédiat, en appellations Ventoux, Gigondas, Beaumes-de-Venise et Côtes-du-Rhône, il réalise un sans faute, domptant les matières avec grâce et méticulosité. De quoi réjouir sans se ruiner, et apprécier le sud dans sa dimension la plus vibrante, sans surenchère ni de degrés ni de bois.
Etabli à Caromb en 2014, au pied du Mont Ventoux, Piéblanc s’inscrit parmi les plus intéressantes révélations du Rhône sud. Sans révolution ni modèle avant-gardiste, mais avec le pragmatisme des opiniâtres exigeants, Matthieu Ponson a tracé son chemin, déroulant une gamme très lisible, des vins d’ouverture en IGP Vaucluse et Vin de France, aux crus méridionaux.
Depuis 2022, le domaine se situe à Gigondas et compte désormais 40 hectares de vignes, conduites en culture biologique ; par ailleurs, Matthieu Ponson compte aussi 4 ha dans le Mâconnais (+ 3 ha à venir), au Domaine des Crêts, une petite production là aussi hautement recommandable pour sa justesse de traitement du chardonnay et ses élevages posés avec tact.
Eparpillé sur quatre appellations, Piéblanc compose avec une mosaïque de sols et de terroirs, combinant les cépages locaux – essentiellement grenache, syrah et cinsault – de façon traditionnelle. 10 ha en Ventoux, 15 ha en Beaumes-de-Venise, 6 ha à Gigondas, 7 ha en Côtes-du-Rhône donnent naissance à des vins bien travaillés, aux élevages toujours mesurés, offrant ainsi une lecture précise de chaque appellation.

J’ai dégusté une grande partie des vins à Paris, en février dernier, et ai pu apprécier ces différentes cuvées, que je vous livre ici avec les tarifs TTC, dont on appréciera au passage la sagesse.
IGP Vaucluse, Petite Abeille Blanc 2024 (12 €) : élevé dans des barriques du tonnelier beaunois Chassin, passées du Mâconnais au sud, cet assemblage de grenache blanc, roussanne et viognier remplit parfaitement son rôle. Un vin fin et tendu, de grande franchise, tout en simplicité gourmande.
Côtes-du-Rhône, Bourdon Rouge 2023 (9 €) : quasi pure syrah, ce super jus déborde d’un fruit rayonnant, sous une matière affable, servie par des tanins polis. Un régal !
Vin de France, Rhinocéros Rouge 2024 (9 €) : porté par 80% de marselan combiné au grenache, ce rouge acidulé et frais offre une autre expression du sud, sur la framboise fraîche. Preuve que la région abrite des possibilités infinies de marier les nuances sans assommer de degrés.
Ventoux, La Tuilière Rouge 2023 (11 €) : sur ce terroir de coteaux, la fraîcheur est de mise, livrant un vin épanoui, jamais saturant, à la matière pourtant concentrée, cernée de tanins soyeux. Un vin uniquement élevé en cuves inox et béton, pour préserver un fruit croquant.
Beaumes-de-Venise, Les Hauts Rouge 2023 (15 €) : issu d’une parcelle des Dentelles de Montmirail, à 450 mètres d’altitude, ce duo grenache-syrah se montre assez riche, épicé et cossu. Un vin dense, profond, entier, servi par une matière fondue et beaucoup d’éclat.
Ventoux, La Barre Rouge 2020 (18 €) : une parcelle d’un hectare sur Caromb, au lieu-dit éponyme, perchée à 300 mètres, plantée de syrahs de 45 ans. Un vin concentré dans la finesse, extrêmement délicat, qui n’a rien à envier aux syrahs septentrionales, dans une lecture aromatique toujours méditerranéenne. Il n’est pas si courant de trouver ce cépage si bien traité sous ces latitudes.
Gigondas Pallierouda Rouge 2021 (30 €) : 70% de grenache en amphores et 30% de syrah en barriques, sans bois neuf, composent ce superbe vin. Grand vibrato, matière déliée et longiligne, profondeur et concentration, tout est idéalement ordonnancé. Le millésime 2021, en retrait par rapport aux blockbusters habituels, n’en finit pas de nous étonner et de nous ravir, les vignerons les plus habiles (je pense à l’excellent Domaine Giraud à Châteauneuf-du-Pape notamment) trouvant là matière à une expressivité plus originale et moins contrainte par la richesse. A boire ou à garder encore 5 à 6 ans.